Passion Skogkatt

« Si vous voulez faire fortune, ne vous lancez pas dans l’élevage de chats norvégiens »

Passion Skogkatt a interviewé Cécile Heymans, éleveuse de chats des forêts norvégiennes depuis 16 ans. Elle raconte son quotidien d’éleveur, avec ses joies et ses galères. À lire attentivement si jamais vous envisagez de vous lancer dans l’élevage de chats norvégiens…

Cécile Heymans, chatterie d'Hibernia en Haute-Savoie, éleveuse de chats des forêts norvégiennes

Comment vous êtes-vous lancée dans l’élevage de chats des forêts norvégiennes ?

J’avais repéré cette race sur internet. En 2000, j’ai visité une chatterie, et je suis immédiatement tombée sous le charme de ces chats à la fois puissants et élégants, féériques, et surtout super gentils. J’ai adopté mon premier chat norvégien en 2001, et très vite j’ai eu envie d’avoir une portée. J’ai créé la chatterie d’Hibernia. Aujourd’hui, j’ai 16 chats (dont la moitié sont stérilisés).

Est-ce votre activité principale ?

Non, j’ai un emploi à temps plein. L’élevage de chats des forêts norvégiennes est une passion. Cependant, comme tout éleveur faisant plus d’une portée par an, ma chatterie est déclarée à la Direction des Services Vétérinaires de la Haute-Savoie, j’ai un numéro de siret et je remplis une déclaration d’impôts.

Est-ce que l’élevage de chats norvégiens vous rapporte de l’argent ?

Non, au contraire… L’élevage de chats norvégiens n’est pas rentable, du moins lorsqu’on le fait sérieusement. Au contraire, il faut avoir de l’argent de côté pour parer aux frais éventuels. Si vous voulez faire fortune, ne vous lancez pas dans l’élevage de chats norvégiens. Je suis une passionnée, et je ne regarde pas à la dépense quand il s’agit de la santé et du bien-être de mes chats : tests de santé, nourriture, vermifuges, soins, aménagement de l’espace… Pour vous donner une idée précise, l’année dernière, j’ai placé 9 chatons (en 2 portées), et pourtant je suis en déficit de 16500 euros ! Bien entendu, certains éleveurs moins scrupuleux vous diront que l’élevage rapporte : les « naisseurs », qui diminuent leurs frais au maximum au détriment de la santé des parents et de l’hygiène, sans parler de la socialisation des chatons… ou pire, les fermes d’élevage, où les chats sont élevés en cage, ou encore ceux qui vendent aux magasins pour la revente.

Est-ce que c’est difficile au quotidien ?

C’est avant tout beaucoup d’amour et de câlins. Mais pas que. Ce sont des êtres vivants, et donc tout peut arriver. Il arrive que les chats tombent malades ou meurent. Les mises-bas sont aussi des moments critiques. Elles se préparent en amont, et le jour J on reste avec la chatte au cas où ça tourne mal, avec le numéro du vétérinaire pas loin. Les césariennes sont rares avec cette race de chats, mais ça peut arriver : j’en ai eu 3 en 43 portées.

Quand cédez-vous les chatons ?

À 3 mois, pas avant. C’est la condition pour que les chatons soient complètement épanouis physiquement et socialement. Par ailleurs, mes chatons sont identifiés par puce électronique, vermifugés, stérilisés et vaccinés (primo-vaccination et rappel) contre le typhus, le coryza et la leucose. Ils ont évidemment un pedigree LOOF.

Comment choisissez-vous les familles d’adoption ?

Le premier contact est très important. Par ailleurs, je ne marchande pas par internet : il faut venir visiter le chaton au moins une fois. Cela montre le sérieux des futurs propriétaires. Ensuite, une bonne famille, c’est celle qui a bien réfléchi à toutes les conséquences de l’adoption d’un chat des forêts norvégiennes : les frais, la garde pendant les absences, la mise en place de mesures de sécurité avant son arrivée…

Est-il indispensable de sécuriser son jardin ou son balcon pour accueillir un chat norvégien ?

Pour moi c’est absolument nécessaire. Certains m’opposent la question de la liberté du chat. J’entends ces arguments, mais il est malheureusement impossible de faire sans sécurité, avec tous les risques que courent les chats en liberté. Quand on prend un animal, on en est responsable. Sans parler du respect des voisins. De toute façon, je ne laisse pas partir un chaton dans un lieu non sécurisé.

Si vous voulez en savoir plus sur comment sécuriser vos espaces, rendez-vous sur le groupe Facebook « Chats – jardins et balcons sécurisés » créé par Cécile Heymans.

N’est-ce pas trop difficile de voir partir les chatons ?

Si, bien sûr. Impossible de ne pas s’attacher à eux. C’est pour cela que je ne laisse partir un chaton que si je suis totalement en confiance avec la personne.

Alors, qu’est-ce qu’un bon éleveur de chats norvégiens ?

Il y a beaucoup de critères ! Voici les principaux. Un bon éleveur ne multiplie pas les portées. Certaines fédérations acceptent trois portées sur deux ans pour une même chatte, pour moi c’est encore trop. Mes chattes font une portée une fois par an maximum.Il ne suffit pas de mettre deux chats ensemble pour produire des chatons : il faut étudier les pédigrées, les qualités et défauts de chacun, leur capital santé et leur caractère afin de produire des chatons sains, beaux et bien dans leur pattes. Ensuite, un bon éleveur garde ses chatons au minimum trois mois. Il prend des nouvelles des chatons qu’il place. Enfin, un bon éleveur soigne bien ses adultes et leur fait faire tous les tests sanguins nécessaires ainsi que des échographies pour détecter la cardiomyopathie féline ou une anomalie sur les reins.

Que conseillez-vous à quelqu’un qui voudrait se lancer dans l’élevage de chat des forêts norvégiennes ?

Tout d’abord, n’essayez pas d’aller trop vite : mieux vaut commencer avec deux chats et voir ce que cela donne. Avec des femelles, idéalement, en les faisant saillir à l’extérieur : un mâle entier, c’est compliqué (pipis, miaulements…). Ensuite, anticipez bien la charge financière : il y a énormément de frais au démarrage, entre le prix des chats, l’équipement, les tests de santé, etc. Enfin, privilégiez toujours le bien-être des animaux.

Découvrez le site internet de la chatterie d’Hibernia en Haute-Savoie, une mine d’informations sur le chat des forêts norvégiennes.

 

Cet article vous a plu ? En voici d’autres :

3 Comments

  1. Carine sur 07/05/2018 à 18:59

    Super article ! On ressent la passion pour la race et le sérieux dans la façon d’aborder l’élevage de Cecile Heymans !

  2. Sabine sur 08/05/2018 à 13:16

    J’avais déjà constaté le sérieux et la passion de Cécile au travers des 2 sites fb… d’aucun pourrait en prendre bonne note…. bravo Cécile…

Laissez un commentaire





Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Pin It on Pinterest